Le caoutchouc

Comprendre la matière, ses chiffres clés, les étapes de son procédé de fabrication, ses propriétés et applications, les enjeux environnementaux, ainsi que les informations sur la durabilité, la recyclabilité et les alternatives disponibles à cette matière.

30 min de lecture
Mise à jour : Oct 2026
15 millions de tonnes

De caoutchouc produit dans le monde en 2024, tout usage confondu.

85 %

De sa production repose sur environ 10 millions d'agriculteurs

7 %

Du caoutchouc produit est utilisé dans la chaussure

Introduction

Le caoutchouc naturel est issu du latex, une sève laiteuse récoltée par saignée de l'écorce de l'hévéa (Hevea brasiliensis), un arbre originaire d'Amazonie, aujourd'hui cultivé majoritairement en Asie du Sud-Est. Le caoutchouc synthétique, quant à lui, est un élastomère fabriqué à partir de dérivés du pétrole, sans lien avec cette matière première végétale. Dans les deux cas, il s'agit d'un type de polymère doté de propriétés élastiques (élastomère ou gomme), qui peut s'étirer sous tension et retrouver sa forme originale lorsqu'il est relâché. 1

Données clés

  • Type de fibre : Élastomère naturel (latex d'hévéa, Hevea brasiliensis) ou synthétique (dérivé pétrochimique).
  • Production mondiale de caoutchouc : La production mondiale de caoutchouc naturel (tous usages confondus) avoisinait les 15 millions de tonnes en 2024. 2 La production de type synthétique est légèrement supérieure atteignant 16 millions de tonnes sur la même année. 3
  • Principaux pays producteurs de caoutchouc : Les premiers pays producteurs de caoutchouc naturel sont la Thaïlande (32% de la production mondiale), l'Indonésie (18%) et la Côte d'Ivoire (10%). 4 Plus largement, les 13 pays membres de l’Association of Natural Rubber Producing Countries (ANRPC), organisation intergouvernementale basée en Asie, représentent à eux seuls environ 84% de la production mondiale. 5
    Le caoutchouc synthétique repose sur une production pétrochimique dispersée, réalisée dans de nombreux pays industriels (Chine, États-Unis, Russie, Japon, Allemagne, Corée du Sud notamment), ce qui rend difficile l'accès à des chiffres consolidés.
  • Structuration de la filière : La chaîne d’approvisionnement du caoutchouc naturel est complexe et fragmentée. Environ 85% de sa production repose sur environ 10 millions d’agriculteurs à travers le monde, avec un modèle familial (superficie des exploitations entre 0,5 et 10 ha). 6 Entre les producteurs et les utilisateurs finaux, interviennent de multiples intermédiaires, tels que les négociants en matières premières, les unités de transformation, les distributeurs et les fabricants de produits en caoutchouc.

 

Propriétés et exemples d’applications

À l'échelle mondiale, l'usage du caoutchouc naturel reste très largement dominé par un seul secteur : les pneumatiques qui absorbent 65 à 70% de la production. Le reste se répartit ainsi : gants et préservatifs (13%), absorbeurs de chocs et anti-vibration (8%), chaussures (7%), et adhésifs (2%). 7

La chaussure ne représente qu'une fraction mineure des usages du caoutchouc naturel à l'échelle mondiale (7% du marché du caoutchouc). Dans les semelles elles-mêmes, le mélange de caoutchouc naturel et synthétique est récurrent. La proportion exacte varie selon l'usage recherché : le caoutchouc naturel ("gum rubber") est privilégié pour son esthétique et sa flexibilité dans les semelles de sneakers vulcanisées (augmentation de la souplesse et résistance du matériau) classiques, tandis que le caoutchouc synthétique (SBR notamment) domine en volume dans les chaussures de sport technique et l'entrée de gamme, pour des raisons de coût et de constance des propriétés.

Marché mondial du caoutchouc

Pneumatiques 70%
Gants et préservatifs 13%
Absorbeurs de chocs et anti-vibrations 8%
Chaussures 7%
Adhésifs 2%

Le caoutchouc naturel se distingue par une élasticité et une résilience exceptionnelle, qualités qui expliquent son usage privilégié dans les applications à fort besoin de flexibilité et de grip (adhérence / accroche). Il est en revanche plus sensible au vieillissement par la chaleur, la lumière et l'ozone que certains caoutchoucs synthétiques (silicone, éthylène-propylène-diène monomère, notamment), qui lui sont souvent préférés pour les usages à conditions extrêmes ou de longue durée. Comme la plupart des élastomères, qu'ils soient naturels ou synthétiques, il présente une bonne imperméabilité et de bonnes propriétés isolantes, ce qui élargit son champ d'application au-delà de la seule semelle : bottes, éléments élastiques dans le textile (ceintures, bretelles, vêtements de sport), ou colles et adhésifs utilisés en cordonnerie.

Production

Étapes du procédé de production

Les procédés de production varient selon l’origine du caoutchouc : naturel ou synthétique.

1ère étape

Caoutchouc naturel: saignée

A partir de l'âge de 5-6 ans, l'écorce de l'hévéa est incisée afin de récolter la sève, produisant environ 50g de caoutchouc sec par saignée. 8 Deux voies de transformation existent ensuite selon la forme visée : pour les produits obtenus par trempage comme les gants, le latex est traité par une rotation rapide qui sépare l'eau du caoutchouc et en concentre la teneur, sans coagulation, et il reste sous forme liquide jusqu'à la mise en forme finale. 9 Pour les formes sèches, comme le caoutchouc techniquement spécifié, les feuilles fumées ou le crêpe, le latex est d'abord solidifié, soit naturellement, sous l’action de bactéries qui font chuter son acidité, soit par ajout d'acide, un processus qui transforme le liquide en une masse compacte. Il est ensuite lavé, broyé et séché, à l'air ou au fumage selon la forme visée. 10

1ère étape

Caoutchouc synthétique: polymérisation

Le caoutchouc synthétique est fabriqué à partir de molécules issues de la pétrochimie, principalement le butadiène et le styrène pour le SBR (styrene-butadienne rubber, le caoutchouc le plus courant). Ces molécules sont assemblées chimiquement (polymérisation) pour former de longues chaînes de caoutchouc. 11

Mise en forme 12: une fois la matière première obtenue, les caoutchoucs naturel et synthétique suivent un procédé de transformation similaire.

2ème étape

Compoundage

La recette est établie (quels additifs, en quelle proportion) pour stabiliser le polymère, y ajouter des matières solides comme le noir de carbone qui rendent le mélange plus résistant à l'usure, ou parfois l'étirer pour réduire le coût final.

3ème étape

Mélange

Les additifs formulés sont physiquement incorporés au caoutchouc

4ème étape

Façonnage

Le mélange, encore non réticulé (pas encore durci chimiquement), est ensuite façonné selon la technique adaptée au produit visé.

5ème étape

Vulcanisation

13 Le caoutchouc est chauffé en présence de soufre (ou de peroxyde), ce qui crée des liaisons chimiques stables entre les chaînes de polymère. C'est cette étape qui donne au caoutchouc sa tenue structurelle durable et sa résistance à la déformation. À ce stade, le caoutchouc ne peut plus être fondu ni remoulé par la simple chaleur. Contrairement à un thermoplastique, ces liaisons ne peuvent être rompues que par des procédés dédiés, comme la dévulcanisation.

Schéma de production

 

Impact environnemental

Enjeux environnementaux de la production

Enjeux éco-conception

1. Durabilité

Malgré sa sensibilité au vieillissement déjà évoquée sur la section « Propriétés & exemples d’application », le caoutchouc présente une résistance élevée à l’usure mécanique

En effet, le caoutchouc, naturel comme synthétique, est réputé pour sa forte résistance à l'abrasion, une qualité centrale qui explique son usage privilégié dans toutes les applications soumises à un frottement intense (pneumatiques, semelles, joints industriels).
Dans la semelle spécifiquement, cette résistance est évaluée par des méthodes d'essai normalisées, qui mesurent la perte de matière d'un échantillon soumis à une abrasion standardisée, permettant de comparer objectivement différentes formulations matière selon l'usage visé (sport, sécurité, usage quotidien). Le caoutchouc reste la référence du pour la semelle sur ce critère, surpassant nettement des alternatives plus légères comme l'EVA (éthylène-acétate de vinyle) ou le TPR (caoutchouc thermoplastique), davantage sujettes à l'usure prématurée. Ce comportement dépend surtout de la composition précise du mélange plutôt que de la seule origine naturelle ou synthétique de la matière première.

2. Recyclabilité

Le recyclage des chaussures reste encore limité : dans l'Union Européenne, les déchets post-consommation de chaussures sont estimés à plus d'1 million de tonnes par an, avec un taux de recyclage inférieur à 5% . 24

Deux facteurs structurels expliquent ce retard par rapport aux textiles : d'une part, la vulcanisation rend le caoutchouc infusible et non remoulable, 25 ce qui exclut tout recyclage par refonte ; d'autre part, une chaussure peut comporter jusqu'à 40 composants et types de matières différents, rendant le désassemblage particulièrement complexe. 26
De manière générale, la filière progresse rapidement sur le plan technique, avec des solutions de recyclage de plus en plus matures. La semelle représentant 40 à 50% du poids total d'une chaussure et constituant la partie la plus recyclable à ce jour, elle doit être la priorité des efforts d’écoconception. 27

3. Incorporation de matière recyclée

Les essais menés par Refashion et le CETIA sur des semelles usagées montrent que le caoutchouc recyclé doit être mélangé à du caoutchouc vierge jusqu'à un certain seuil pour conserver des propriétés équivalentes à celles d'une semelle conventionnelle.

Jusqu'à 30% de caoutchouc dévulcanisé, ou 10 à 20% de caoutchouc micronisé, peuvent ainsi être incorporés sans compromettre la durabilité du produit final. 28 Ces seuils dépendent surtout de trois facteurs : un tri insuffisamment précis des différents types de caoutchouc, des impuretés encore présentes dans les semelles usagées, et la qualité du caoutchouc vierge utilisé pour compléter le mélange. Un tri plus rigoureux permettrait d’améliorer ces seuils, mais rendrait la collecte plus complexe à grande échelle.
Ces limites ne sont pas figées : certains industriels spécialisés atteignent déjà des taux plus élevés grâce à un tri réalisé en amont par leurs fournisseurs, jusqu'à 50% de matière recyclée pour l'entreprise italienne Rubber Conversion, qui travaille à partir de semelles pré-triées fournies directement par de grandes marques. En France, The 8 Impact applique un procédé similaire pour sa gamme OKTARA™ : un tri préalable par typologie de baskets, suivi d'une séparation mécanique en 8 étapes par densimétrie, permettant d'extraire le caoutchouc, l'EVA et les fibres textiles avec une pureté de 98%. 29

Leviers d’action

Points de vigilance

Comme dans toutes démarches d'éco-conception, avant de choisir une matière, il est primordial d'analyser l'impact environnemental de tout le cycle de vie d'un produit et de comparer différents scénarios afin d'identifier laquelle est la moins impactante pour l'environnement. Il n’y a pas de matière idéale, il faut choisir une matière en fonction de l’usage du produit et de ses objectifs environnementaux.

En savoir plus

Matières alternatives disponibles 

Une manière de produire plus durable 30 : 
Une partie de la réponse à l’impact environnemental du caoutchouc naturel passe par la transformation des pratiques de production existantes. Plusieurs leviers sont déjà identifiés :

  • Les systèmes agroforestiers, associant l'hévéa à d'autres cultures plutôt qu'en monoculture, qui peuvent contribuer à préserver la biodiversité et limiter la déforestation
  • Des systèmes de saignée optimisés, qui augmentent la productivité par hectare sans étendre les surfaces plantées
  • La sélection variétale, pour développer des hévéas plus résistants aux maladies et au stress hydrique face au changement climatique

Des sources alternatives à l’hévéa :
En raison du risque de réactions allergiques au latex d'Hevea, de la menace de propagation en Asie du champignon Microcyclus ulei qui décimerait la production si elle atteignait l'Asie du Sud-Est, et de la volonté de diversification face aux tensions d'approvisionnement (95% de l'approvisionnement mondial en caoutchouc naturel dépendant aujourd'hui d'une seule espèce), plusieurs plantes concurrentes à l’hévéa sont étudiées :

  • Le pissenlit russe ou Taraxacum kok-saghyz, sa racine produit un caoutchouc identique à celui de l'hévéa, mais les rendements actuels restent en dessous du seuil de viabilité commerciale (alternative peu avancée). 31
  • Le guayule ou Parthenium argentatum, est arbuste mexicain, est plus avancé : déjà validé par Bridgestone et Cooper Tire dans une application aussi exigeante que le pneu, avec des performances jugées équivalentes au caoutchouc classique. 32

Les caoutchoucs recyclés sont une alternative intéressante à considérer pour réduire l'empreinte environnementale d'un produit, mais la filière reste encore jeune : elle est aujourd'hui concentrée sur les chutes de production plutôt que sur les chaussures réellement usagées, avec des taux d'incorporation encore limités par la qualité du tri et du gisement disponible.